Menacée, l’anguille sous haute surveillance

Par Nicolas Salles

Dénombrer les populations d’anguille, protégées depuis une quinzaine d’années, sur le bassin-versant de l’Islet et de la Flora. Une obligation car l’espèce est menacée d’extinction. Explications.

Alain Dumont, le technicien de la Fédération départementale, assisté d’Antoine Miersman, les pieds dans le ruisseau de l’Etrape, ce jeudi matin.
Alain Dumont, le technicien de la Fédération départementale, assisté d’Antoine Miersman, les pieds dans le ruisseau de l’Etrape, ce jeudi matin. (Le Télégramme/Nicolas Salles)

La Fédération départementale pour la pêche et la protection des milieux aquatiques menait ce jeudi une des opérations de comptage des populations d’anguilles, dans les fleuves côtiers du territoire de Lamballe Terre et Mer (LTM). Sur la Flora et l’Islet, mais aussi sur des cours d’eau plus petits, dans leurs bassins-versants. Car on trouve l’anguille en Bretagne même dans les plus petits ruisseaux. Ou du moins, « on devrait la trouver », explique Alain Dumont, technicien chargé d’études aquatiques auprès de la Fédération départementale de pêche.

Une « nécessité » car l’espèce, autrefois très répandue (et même un temps considérée comme nuisible) connaît depuis les années 1980 une chute drastique de ses populations sur tout le littoral atlantique européen (changement climatique, pollution, pression de la pêche, diminution des débits des rivières, etc.). Au point d’avoir rejoint en 2007, la liste des espèces menacées d’extinction. Et une « obligation », car l’Europe a imposé un plan de restauration de l’espèce, à l’échelle du continent et décliné en autant de plans nationaux.

Sans danger pour l’animal

« Le comptage est l’un des moyens d’assurer le suivi des politiques locales, en dénombrant les individus présents à intervalles de temps réguliers. Sur la zone explorée ce jeudi, un comptage avait déjà été mené en 2013. « En fonction des résultats, l’opérateur (LTM pour ce qui concerne le territoire) peut orienter au mieux ses politiques de gestion », poursuit Alain Dumont.

Alain Dumont, le technicien de la Fédération départementale, assisté d'Antoine Miersman.
L’équipement génère un champ électrique d’un mètre et demi de rayon. (Le Télégramme/Nicolas Salles)

Ce comptage est effectué au moyen d’une « pêche électrique ». Pas question d’électrocuter les poissons ! Quoique… « Ils sont sensibles aux champs électriques, dans un rayon d’environ deux mètres. Et vont s’en approcher quand on en crée un dans l’eau ». Or, à proximité de l’appareil, ils se retrouvent engourdis. « On les recueille alors avec une épuisette puis on les mesure et on les compte ».

Un anguille argentée, mature, prête sous le voyage retour vers la mer des Sargasses.
Une anguille argentée, mature, prête pour le grand voyage retour vers la mer des Sargasses. (DR/AAPPMA La Gaule lamballaise)

Les poissons sont évidemment relâchés au même endroit, un peu plus tard. « C’est sans danger pour l’animal et cela nous permet d’être exhaustifs sur une longueur déterminée de rivière. Donc d’être très précis dans nos relevés ».

Continuité écologique mise à mal

Le comptage permet aussi d’évaluer la continuité écologique. « Quand on trouve des anguilles en aval, et aucune en amont, c’est qu’il y a un souci ». Barrages, chutes d’eau, quand ce n’est pas une écluse : les obstacles rencontrés sur les fleuves côtiers sont autant de barrières difficilement franchissables pour les anguilles. Or, « tous les fleuves du territoire, à l’exception de l’Islet depuis l’arasement du barrage de Montafilan, ont des retenues d’eau », dénombre Alain Dumont.

On a longtemps considéré les cours d’eau que sous leur seul angle hydraulique…

Des aménagements existent. Parfois. Certains passages « difficiles » sont équipés de « passes ». L’AAPPMA de Lamballe effectue aussi des relèves au niveau de Pont-Roland, sur le Gouessant… Mais bon an, mal an, nombre d’anguillettes se retrouvent souvent cantonnées en zone côtière où leur cadre de vie n’est pas optimal.

« Une buse ou une canalisation, c’est aussi un obstacle potentiel, qui peut s’équiper ». Des petits plots en béton, qui ne gênent pas la circulation d’eau, feront toute la différence pour les poissons, en leur procurant des points d’appui. « On a longtemps considéré les cours d’eau que sous leur seul angle hydraulique… », semble déplorer Alain Dumont.

Newsletter Aujourd'hui en Bretagne
Newsletter Aujourd'hui en Bretagne
Du lundi au vendredi à 19h, les faits marquants du jour en Bretagne
Revenir en arrière

Menacée, l’anguille sous haute surveillance

sur Facebooksur Twittersur LinkedIn
S'abonner
Application Le Télégramme Info Bretagne

Application Le Télégramme

Vous aimez la Bretagne ? Vous allez adorer l'application du Télégramme. Profitez d'une expérience de lecture personnalisée et d'un accès rapide à l'actualité de votre commune.

Application Le Télégramme Journal
Application Le Télégramme Journal