Dénombrer les populations d’anguille, protégées depuis une quinzaine d’années, sur le bassin-versant de l’Islet et de la Flora. Une obligation car l’espèce est menacée d’extinction. Explications.
La Fédération départementale pour la pêche et la protection des milieux aquatiques menait ce jeudi une des opérations de comptage des populations d’anguilles, dans les fleuves côtiers du territoire de Lamballe Terre et Mer (LTM). Sur la Flora et l’Islet, mais aussi sur des cours d’eau plus petits, dans leurs bassins-versants. Car on trouve l’anguille en Bretagne même dans les plus petits ruisseaux. Ou du moins, « on devrait la trouver », explique Alain Dumont, technicien chargé d’études aquatiques auprès de la Fédération départementale de pêche.
Une « nécessité » car l’espèce, autrefois très répandue (et même un temps considérée comme nuisible) connaît depuis les années 1980 une chute drastique de ses populations sur tout le littoral atlantique européen (changement climatique, pollution, pression de la pêche, diminution des débits des rivières, etc.). Au point d’avoir rejoint en 2007, la liste des espèces menacées d’extinction. Et une « obligation », car l’Europe a imposé un plan de restauration de l’espèce, à l’échelle du continent et décliné en autant de plans nationaux.
« Le comptage est l’un des moyens d’assurer le suivi des politiques locales, en dénombrant les individus présents à intervalles de temps réguliers. Sur la zone explorée ce jeudi, un comptage avait déjà été mené en 2013. « En fonction des résultats, l’opérateur (LTM pour ce qui concerne le territoire) peut orienter au mieux ses politiques de gestion », poursuit Alain Dumont.
Ce comptage est effectué au moyen d’une « pêche électrique ». Pas question d’électrocuter les poissons ! Quoique… « Ils sont sensibles aux champs électriques, dans un rayon d’environ deux mètres. Et vont s’en approcher quand on en crée un dans l’eau ». Or, à proximité de l’appareil, ils se retrouvent engourdis. « On les recueille alors avec une épuisette puis on les mesure et on les compte ».
Les poissons sont évidemment relâchés au même endroit, un peu plus tard. « C’est sans danger pour l’animal et cela nous permet d’être exhaustifs sur une longueur déterminée de rivière. Donc d’être très précis dans nos relevés ».
Le comptage permet aussi d’évaluer la continuité écologique. « Quand on trouve des anguilles en aval, et aucune en amont, c’est qu’il y a un souci ». Barrages, chutes d’eau, quand ce n’est pas une écluse : les obstacles rencontrés sur les fleuves côtiers sont autant de barrières difficilement franchissables pour les anguilles. Or, « tous les fleuves du territoire, à l’exception de l’Islet depuis l’arasement du barrage de Montafilan, ont des retenues d’eau », dénombre Alain Dumont.
On a longtemps considéré les cours d’eau que sous leur seul angle hydraulique…
Des aménagements existent. Parfois. Certains passages « difficiles » sont équipés de « passes ». L’AAPPMA de Lamballe effectue aussi des relèves au niveau de Pont-Roland, sur le Gouessant… Mais bon an, mal an, nombre d’anguillettes se retrouvent souvent cantonnées en zone côtière où leur cadre de vie n’est pas optimal.
« Une buse ou une canalisation, c’est aussi un obstacle potentiel, qui peut s’équiper ». Des petits plots en béton, qui ne gênent pas la circulation d’eau, feront toute la différence pour les poissons, en leur procurant des points d’appui. « On a longtemps considéré les cours d’eau que sous leur seul angle hydraulique… », semble déplorer Alain Dumont.