Dans le Cantal, les moules perlières ressortent des eaux de la Truyère

Cela peut surprendre mais la Truyère et ses affluents abritent une population de moules perlières. La plus importante de France, sûrement. Une étude est en cours pour les protéger.


Par Yann Bayssat

Publié le 29 septembre 2020 à 07h23

Des précautions pour étudier l'espèce © Agence SAINT FLOUR

La « pêche » est bonne. À peine Anthony Caprio pose-t-il les pieds dans l’eau qu’il aperçoit l’objet de ses recherches. Une, puis deux, puis trois moules. Oui, des moules, semblables à celles qu’on voit sur les rochers en bord de mer, à la différence qu’elles sont plus grosses et que certaines d’entre elles fabriquent des perles.

Passé glorieux

Cela paraît surprenant, incongru même, mais Anthony Caprio l’assure : « avant, certains cours d’eau étaient remplis de cette espèce, en particulier la Truyère. » Mais elle s’est raréfiée. Car l’homme l’a un temps chassé pour ses perles, ce qui a pu causer de sérieux dégâts tant l’espèce est peu productive. L’introduction de ses prédateurs a aussi pesé : les ratons laveurs, les ragondins ou les rats musqués s’en repaissent parfois, surtout des plus jeunes, quand la coquille est encore friable.

L'homme en cause

Mais c’est bien l’intervention de l’homme sur les cours d’eau qui a causé le dépeuplement de l’espèce. Par la création des grands barrages, qui ont détruit son habitat. Par le pompage des eaux. Quand le labourage proche des rives a entraîné un chargement de l’eau en nitrate et phosphate fatal aux moules.

Résultat, on ne comptait récemment que 100.000 moules perlières en France. Dont 27.000 sur la Truyère et ses affluents, selon la dernière étude, qui commence à dater, de l’Office français de la biodiversité. Il y a deux ans, Saint-Flour communauté s’est emparé du sujet, quand l’interco elle a été chargée de la rédaction du document d’objectif pour le site Natura 2000 de cette zone. Et il est apparu, après les premières études menées sur certains affluents seulement, que la population dépasserait les 100.000 individus. Ce qui ferait de la zone un bastion de la moule perlière française.

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La moule perlière est l’une des rares espèces de mollusque à vivre dans les eaux douces, en particulier froides, ce qui explique sa présence plus affirmée en Russie ou en scandinavie.


Elle présente aussi la particularité de vivre très longtemps, de 50 à 250 ans, ce qui la classe sur le podium des espèces à la plus grande longévité. Son mode de reproduction interpelle aussi : une femelle produit 3 à 4 millions d’œufs à chaque période de reproduction annuelle. Les larves, qui ont un taux de mortalité de 99,9 %, vont alors se fixer sur les branchies des truites, ou des saumons, pour poursuivre leur croissance. Elles y restent entre 20 jours et 9 mois, avant de s’expulser vers le lit de la rivière.

Baromètre

En soi, c’est déjà une bonne nouvelle. Car cela signifie que les moules ont pu y trouver les conditions idéales pour s’épanouir. Soit des truites en grande quantité, puisque leur première phase de croissance se fait dans les branchies de cette espèce. Mais aussi une eau de bonne qualité, puisqu’elle en filtre entre 40 et 50 litres par jour. Et enfin des sédiments tout aussi riches. « C’est un baromètre de la qualité d’un cours d’eau » résume Anthony Caprio.

Préconisations

Mais elle en est aussi un facteur. « Elle a un vrai rôle de filtre, elle épure l’eau, reprend le technicien. Et comme ce qu’elle rejette descend dans le substrat, cela colmate les sédiments. »


D’où l’intérêt, au-delà de leur existence pure, de les protéger. Passée cette phase d’étude et de recensement, d’ici deux ans, le service environnement de Saint-Flour communauté rédigera un document avec les préconisation pour aider cette population. Mais, que les baigneurs se rassurent : la présence de l’homme n’est pas un problème pour les moules, assez ancrées au sol pour se protéger. Au-delà de ça, précise Anthony Caprio :

 il n’y a pas de gestion à avoir de la population de cette espèce. En fait, la meilleure action que l’homme peut avoir, c’est de ne pas intervenir sur les cours d’eau.

 Se baigner, oui, lancer une filière perle de la Margeride, non.

Côté culture. L’écomusée de Margeride propose une conférence intitulée Les souffleuses de perles en Margeride par Bernard Soulier, vendredi 2 octobre, à 18 h 30, salle de la Ferme. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, durant une soixantaine d’années, une activité spécifique s’est développée dans le Langeadois et en Margeride. Des femmes ont réalisé, souvent à domicile pour des entreprises de Langeac, du soufflage de perles de verre, mariant deux particularités de la région : les moules perlières de certains ruisseaux du secteur de Saugues et la confection d’objets en verre dans des verreries artisanales qui existaient au XVIIIe siècle à Pinols. Gratuit. Tél. 04.71.23.43.32.

 Yann Bayssat

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